Haifa, a refuge for writers
Haifa, un refuge pour les ecrivains
Un refuge pour les écrivains
Par Sami Michael

de Haaretz 15/6/11 (Edition speciale des ecrivains en
honneur de la Semaine du Livre Hebreu)
Haïfa pourrait être inclus dans un réseau mondial
des villes qui offrent un refuge aux écrivains
persécutés - si seulement le Ministre de l'Intérieur
voulait rompre son silence sur la question.
Par Sami Michael
Il y a une étrange tendance en Israël à représenter le
monde extérieur comme un front uni d'hostilité
dirigé contre nous, peut-être à cause de l'opinion
erronée qu'une mentalité de siège convient au
développement de l'unité nationale. Bien que les pays
Scandinaves soient en tête de liste des "ennemis
d'Israël" dans la conscience collective, je n'ai pas
trouvé un seul écho de cette hostilité lors des
conférences littéraires dans les pays dans lesquels j'ai
été invité. Au contraire, quand j'ai décrit ma ville,
Haïfa, comme modèle de coexistence relative dans
cette région troublée par les guerres, les conquêtes, et
par l'assujettissement et la persécution des minorités,
j'ai trouvé les auditeurs très attentifs et même
intéressés par la recherche du " miracle de Haïfa. "

Il s'avère que les extrémistes des pays Arabes qui
prennent une ligne dure contre la normalisation des
relations avec Israël ne sont pas les seuls à jeter des
bâtons dans les roues des travaux du dialogue; c'est
également vrai de certains de ceux qui façonnent la
politique Israélienne et qui ignorent le modèle de
Haïfa, car il sape la politique d'isolement et
d'affutage d'épées
Lors d'une conférence internationale des écrivains
PEN en Slovénie, le poète Norvégien Kjell Olaf
Jensen, membre du conseil d'administration de
l'association mondiale des écrivains PEN
International, est venu vers moi et a fait une
suggestion qui m'a surpris: En tant que ville de
tolérance et de coexistence, Haïfa deviendrait un ville
de refuge pour des écrivains persécutés, ce qui en
ferait la première ville moderne de refuge au
Moyen-Orient.
L'ICORN, le réseau international des villes de refuge
se compose de plus de 20 villes de refuge pour les
écrivains persécutés dans 10 pays à travers le monde
(y compris la Norvège, la Suède, l'Allemagne et l'
Espagne), et agit en partenariat avec PEN
International. Dans ces villes, on octroie a des
écrivains qui courent le risque d'être cruellement
persécutés ou que PEN a pu libérer de terribles
prisons, des conditions de vie humanitaires pendant
une durée déterminée qui peut aller de un à trois ans.
Ensuite, on trouve une solution à long terme dans un
autre pays dans lequel l'écrivain reçoit le statut de
résident permanent.
L'ICORN a été créé dans le but de protéger à la fois
la liberté d'expression et les écrivains considérés
comme cibles de menaces et de persécutions. Son
action consiste également à offrir un abri aux
écrivains exposés au danger. Combien d'écrivains en
font partie? J'ai été invité à Stavanger, la capitale
pétrolière de la Norvège et le site du centre
administratif de l'ICORN (qui fonctionne avec le
soutien de la ville), où j'ai rencontré des membres de
l'organisation et des écrivains persécutés. Nous avons
discuté de la façon d'ajouter Haïfa à cet important
réseau.
Soutien aux écrivains persécutés
Une ville de refuge ICORN doit payer une cotisation
annuelle d'environ 2.000 euros et fournir un
logement pour ces écrivains qui ont été extraits de la
gueule de l'assujettissement. En plus de la résidence,
qui doit être offerte pour une période déterminée, la
ville doit également fournir une subvention de 1.100
euros par mois. Les villes n'ont en général pas plus
d'un écrivain persécuté qui y vivent à un moment
donné.
Quand je suis rentré en Israël, j'ai présente l'idée
fiévreusement au maire de Haïfa, Yona Yahav, qui a
été enthousiaste à ce sujet. Quelque temps plus tard,
en août 2009, l'écrivain norvégien Eugene Schoulgin,
président du conseil de PEN International, est venu
me rendre visite à Haïfa. Yahav a organisé une
réception pour lui dans son bureau de la mairie et a
envoyé une lettre au directeur exécutif de l' ICORN,
Helge Lunde, disant qu'il était heureux de l'offre
d'ajouter Haïfa à la liste des villes de refuge, et, à la
lumière de l'importance de la question, transmettrait
la demande au conseil municipal pour approbation.
Le conseil municipal a voté en faveur de ce que Haïfa
devienne un refuge pour les écrivains et l' ICORN a
fait des plans pour marquer l'expansion du réseau
par un événement à la Foire du livre de Francfort.
Mais les maires ne fonctionnent pas en vase clos.
Yahav a demandé l'approbation du Ministère des
Affaires Etrangères, et le Ministère a écrit, dans une
lettre de Février 2010 que j'ai aussi reçue, que la
question nécessite aussi une autorisation du Ministère
de l'Intérieur. "La position du Ministère des Affaires
Etrangères est positive en ce qui concerne l'initiative,
mais afin d'accorder refuge et soutien à un écrivain
pour deux ans, une coordination et un accord avec le
Ministère de l'Intérieur sont nécessaires, puisque la
ville s'engage, entre autres, à aider l'écrivain et sa
famille à obtenir un visa, " d'après la lettre. En
conséquence, le Ministère des Affaires Etrangères a
été prié de présenter tous les documents pertinents au
conseiller juridique de l'Autorité d'Immigration du
Ministère de l'Intérieur, comme étape vers
l'approbation du Ministre de l'Intérieur.
Il semble que quand il s'agit d'ouvrir une fenêtre sur
le monde extérieur, le Ministère de l'Intérieur se
distingue par le maintien d'un silence obstiné. Depuis
lors, nous n'avons rien entendu.
J'ai une expérience personnelle des souffrances d'un
artiste persécuté, puisque j'ai risqué ma vie quand, au
milieu de la nuit, j'ai traversé illégalement la
frontière Irako-Iranienne a pied en 1949. En 2000,
j'ai rencontré mon double à Vienne - un écrivain du
Yémen que PEN avait sauvé d'une prison meurtrière
dans son pays où il avait été incarcéré pendant plus
d'un an. J'ai regardé l'écrivain Yéménite et j'ai
découvert qu'il se comportait comme je l'avais fait
pendant longtemps après avoir fui ceux qui détestent
les paroles courageuses. Il regardait derrière lui tout
le temps, craignant des poursuivants imaginaires. Il
marchait sur le chemin pavé comme s'il s'agissait
d'un marécage périlleux. Il se sentait beaucoup
mieux quand nous sommes arrivés dans un lieu
fermé avec quatre murs solides. Tout le temps que je
lui ai parlé, il m'a regardé avec méfiance, et j'ai
réalisé qu'il ne croyait pas un seul mot qui sortait de
ma bouche. Ce n'est que deux jours plus tard, quand
notre ami commun est venu- le défunt écrivain
Palestine Izzat Ghazzawi, qui a dirigé le centre
Palestien PEN - que l'écrivain Yéménite est venu vers
moi pour s'excuser de sa méfiance.
Ce n'est pas seulement dans leurs rêves que les
écrivains persécutés transportent leur passé
tourmenté. Même quand ils atteignent un havre sûr
où ils peuvent consommer du pain qui n'est pas
imbibé de sang, ils ont désespérément besoin d'un
endroit de résidence qui ne soit pas en même temps
une porte vers l'enfer. Pour ceux d'entre nous qui ont
été sévèrement persécutés, il est difficile de décrire à
des écrivains qui n'ont jamais connu de persécutions
ou d'abus, simplement  ce que cela signifie de payer
pour des paroles courageuses dans un endroit
gouverné par la peur.
Un silence embarrassant
Rempli d'un sentiment d'un profond embarras en
face de Helge Lunde, de l'ICORN et de PEN
International, j'attends toujours une réponse du
Ministère de l'Intérieur. Lorsque je me suis renseigne
sur ce qui se passait avec la proposition, qui a été
placée sur la table de l'Autorité de la population et de
l'Immigration du Ministère il y a près de deux ans,
on m'a dit que ce n'est pas de la compétence de
l'Autorité et que je devrais demander au bureau du
ministre de l'Intérieur Eli Yishai. J'ai envoyé une
requête au bureau de Yishai et on m'a dit que «la
demande n'a pas encore atteint le bureau du Ministre
en conjonction avec une recommandation des rangs
professionnels." On m'a dit aussi: "Le Ministre de
l'Intérieur comprend la signification d'une telle
demande humanitaire, qu'il voit pour la première fois
à la suite de la question de Haaretz, Le Ministre est
actuellement à l'étranger, mais quand il reviendra, il
demandera immédiatement un avis professionnel et
juridique sur l'importance du phénomène, sa portée
et tous ses autres aspects. Après avoir examiné la
question, il sera heureux de tenir personnellement
Sami Michael au courant. "
Je demande maintenant à tous ceux qui ont une
influence sur cette question d'aider à briser le silence
étrange et prolongé du Ministre
A refuge for writers
By Sami Michael

From Haaretz 15/6/11 (Writers  2011 Special Edition
in honour of the Hebrew Book Week)
Haifa could be included in a global network of cities
that provide a safe haven for persecuted writers - if
only the interior minister would break his silence on
the matter.
By Sami Michael
There is a strange tendency in Israel to portray the
outside world as a solid front of hostility directed
against us, perhaps because of the mistaken view that
a siege mentality befits the development of national
unity. Though the Scandinavian countries head the
list of "Israel haters" in the collective consciousness,
I have not found even an echo of this hostility at the
literary conferences in those countries to which I've
been invited. On the contrary, when I have described
my city, Haifa, as a model of relative coexistence in
this troubled region of wars, conquests, and the
subjugation and persecution of minorities, I have
found listeners to be attentive and even interested in
researching the "Haifa miracle."
It turns out that extremists from Arab countries who
take a tough line against normalized relations with
Israel are not the only ones to throw a wrench in the
works of dialogue; that is also true of some of those
who shape Israeli policy and ignore the Haifa model,
since it undermines the policy of seclusion and
sword-sharpening.
At a PEN international writers conference in
Slovenia, Norwegian poet Kjell Olaf Jensen, a board
member of the worldwide writers association
International PEN, came up to me and made a
suggestion that surprised me: As a city of tolerance
and coexistence, Haifa would become a city of refuge
for persecuted writers, making it the first modern city
of refuge in the Middle East.
The International Cities of Refuge Network, or
ICORN, consists of more than 20 cities of refuge for
persecuted writers in 10 countries around the world
(including Norway, Sweden, Germany and Spain ),
and partners with International PEN. In these cities,
writers who are at risk of being cruelly persecuted or
whom PEN is able to free from dreadful prisons are
given humanitarian living conditions for a set time,
which can range from one to three years. Then a
long-term solution in another country is found
through which the writer receives permanent resident
status.
ICORN was established with the goal of protecting
both freedom of speech and writers who are seen as a
target for threats and persecution. It also acts to offer
shelter to writers exposed to danger. How many such
writers are there? I was invited to Stavanger, the oil
capital of Norway and the site of the ICORN
administrative center (which operates with city
support ), where I met with organization members
and persecuted writers. We discussed how to add
Haifa to this important network.
Supporting persecuted writers
An ICORN city of refuge is required to pay an annual
membership fee of some 2,000 euros and provide a
place to live for those writers who have been
extracted from the jaws of subjugation. In addition to
the residence, which must be provided for a set
period, the city must also provide a grant of 1,100
euros a month. Cities usually have no more than one
persecuted writer living there at any given time.
When I returned to Israel, I excitedly took the idea to
Haifa Mayor Yona Yahav, who was enthusiastic
about it. Some time later, in August 2009, Norwegian
writer Eugene Schoulgin, the chairman of the board
of International PEN, came to visit me in Haifa.
Yahav arranged a reception for him in the mayor's
office and sent a letter to ICORN executive director
Helge Lunde, saying he was happy about the offer to
add Haifa to the list of cities of refuge and, in light of
the importance of the matter, would transmit the
request to the city council for approval.
The city council voted in favor of Haifa's becoming a
refuge for writers and ICORN made plans to mark
the network's expansion with an event at the
Frankfurt Book Fair.
But mayors don't operate in a vacuum. Yahav sought
Foreign Ministry approval, and the ministry wrote, in
a February 2010 letter that I also received, that the
matter requires authorization from the Interior
Ministry as well. "The Foreign Ministry position is
positive with regard to the initiative, but granting
refuge and support to a writer for two years requires
coordination and agreement with the Interior
Ministry, since the city is committing, among other
things, to help the writer and his family get a visa,"
the letter read. As a result, the Foreign Ministry was
asked to submit all the relevant material to the legal
adviser of the Interior Ministry's immigration
authority as a step toward securing the approval of
the interior minister.
It appears that when it comes to opening a window to
the outside world, the Interior Ministry is good at
maintaining a stubborn silence. Since then we have
not heard a peep from them.
I have personal experience with the travails of a
persecuted artist, since I risked my life when, in the
middle of the night, I stole across the Iraqi-Iranian
border on foot in 1949. In 2000 I met my double in
Vienna - a writer from Yemen whom PEN had
rescued from a lethal prison in his country where he
had been incarcerated for more than a year. I looked
at the Yemeni writer and discovered that he was
acting as I had for a long time after I fled those who
hate brave words. The whole time he kept looking
behind him, fearing imaginary pursuers. He walked
on the cobblestone path as though it were a
treacherous swamp. He did much better when we got
to a closed place with four solid walls. The whole
time I spoke with him, he looked at me suspiciously,
and I realized he didn't believe a single word coming
out of my mouth. It was only two days later, when
our mutual friend showed up - the late Palestinian
author Izzat Ghazzawi, who headed the Palestinian
PEN center - that the Yemeni writer came back to
me, apologizing for his suspiciousness.
It is not in their dreams alone that persecuted writers
carry around their tormented past. Even when they
reach a safe haven where they can consume bread
that is not blood-soaked, they desperately need a
place to stay that does not double as a doorway to
hell. For those of us who have been extensively
persecuted, it is difficult to describe to writers who
have never known persecution or abuse just what it
means to pay for brave words in a place ruled by fear.
Embarrassing silence
Filled with a feeling of deep embarrassment in the
face of Helge Lunde, ICORN and International PEN,
I am still awaiting a response from the Interior
Ministry. When I looked into what was happening
with the proposal, which has been on the table of the
ministry's Population and Immigration Authority for
nearly two years, I was told that it isn't under the
authority's jurisdiction and that I would have to ask
Interior Minister Eli Yishai's bureau. I sent a query
to Yishai's bureau and was told that "the request has
not yet reached the desk of the minister in
conjunction with a recommendation from the
professional ranks." I was also told: "The interior
minister understands the significance of a
humanitarian request like this one, which he is
encountering for the first time in the wake of the
question from Haaretz. The minister is currently
abroad, but when he returns he will immediately
request a professional and legal opinion about the
significance of the phenomenon, its scope and all
other angles. After examining the matter, he will be
happy to personally update Sami Michael."
I turn now to anyone who has any influence over this
matter to help break the ministry's odd prolonged
silence.
PEN international
ICORN
Eugene Schoulgin, Samy Michael, Yona Yahav